Mon carnet de voyage #2
Carnet de voyage du 22 octobre 2019
Cascade de Baogo

Nous voici arrivés à Emeishan. Le but de notre visite ici, gravir le Mont Emei, cette montagne sacrée haute de 3 000 mètres, parcouru par 60 000 marches.Nous avions envie d’être dans la nature, nous y sommes, la ville est calme, c’est la fin de la saison, encore des touristes Chinois, et très peu d’occidentaux. Après une journée de voyage, on décide de ne faire l’ascension que le surlendemain, pour se reposer et préparer la randonnée. À ce moment-là, on se doute que cela sera dur, mais je suis loin de m’imaginer à quel point…


Jour 1 : rejoindre le monastère Xianfeng pour la nuit.

On a choisi de débuter du village de Baogo, à quelques mètres de notre auberge, soit tout en bas, 500 m d’altitude. Et les péripéties commencent… Nous avons mis 45 min à trouver le bon chemin pour partir… La carte de notre hôte n’est pas vraiment précise, on cherche l’entrée pour payer notre pass, mais impossible de la trouver, on demande, (avec des gestes et en montrant la carte…) on finit par monter des marches indiquées par un chauffeur de bus. Des marches, on se dit qu’on est sur la bonne voie.. Et bien non ! Heureusement un monsieur, a compris en nous voyant qu’on n’était pas sur le bon chemin, encore quelques mimes pour se comprendre, et là, on prends conscience qu’on a commencé à monter pour rien, c’est un cul-de-sac qui ne mène pas du tout au sommet ! Merci le chauffeur… Bref après quelques aller-retours supplémentaires et l’aide d’une mamie, on finit sur la bonne route.

9 h 26, le départ.

Nous avons choisi de passer par le flanc gauche, loin de la voie principale, il est aussi recommandé pour sa beauté… Il monte à 1200 m d’altitude puis redescend à 700 m pour rejoindre un accès principal ensuite, Qingyin Pavillon. Ce chemin, nous pouvions l’éviter et prendre le bus jusqu’à Qingyin, mais nous avions envie de nature… De ce côté-là, aucun regret, effectivement cette route est très belle, et l’adaptation aux marches se fait progressivement. Nous avons vite pu nous retrouver au cœur de la montagne. Par contre, plus tard, je me suis demandé s’il était judicieux de s’infliger une « mini ascension » avant de gravir la montagne jusqu’au monastère… 

13 h 05, les choses sérieuses commencent.

Sur la bonne voie, on a cru échapper au paiement de l’entrée du parc, mais non ! Le paiement se fait à l’accès principal. Après déjà 4 h de marche, on entame donc réellement l’ascension, en direction du sommet, mais surtout du monastère Xianfeng situé à 1760 m d’altitude, on a donc 1000 m de dénivelé à gravir. On prend la pause repas avec les sandwiches achetés à l’hôtel, rudimentaire, une rondelle de tomate et un œuf au plat dans de la brioche pour moi et du bacon en plus pour Jérôme, la banane en plus est la bienvenue ! On est déçu… On se doute bien que ça ne nous donnera pas l’énergie nécessaire pour la montée.

13 h 45 : les touristes chinois et les singes.

Après avoir gravi un bon nombre de marches (je n’ai plus compté après 30…), on arrive au croisement de l’enfer. Enfin, c’est moi qui lui donne ce nom… Après quelques heures presque seuls, nous nous retrouvons au milieu de groupes de touristes chinois, leurs guides hurlants dans leur micro, l’horreur ! Il nous faut aussi passer par la réserve de singe. Ici, vivent trois familles de 300 macaques du Tibet. Il ne faut pas les nourrir, pas trop les approcher, ils sont sauvages quoi… Bien entendu, les touristes ont l’air de ne pas avoir vu les dizaines de panneaux de mise en garde… On a même vu un homme essayer de poser sa main sur l’un des singes qui était à la hauteur de son visage, la bête à montrer les crocs ! (oui, une part de moi a souhaité qu’il se fasse croquer un coup…) Bref cette ambiance, ce n’est pas ce que l’on préfère, nous traversons rapidement. Des singes on en verra plus tard et honnêtement moi, j’aime qu’ils soient loin, dans la jungle, pas trop près…

14 h 33 : seuls dans la montagne

Nous avons passé depuis quelque temps le cirque de la réserve de macaques et une fois celle-ci passée, nous nous sommes retrouvés seuls, les touristes chinois n’aiment pas trop la grimpette apparemment. Nous sommes donc seuls au milieu de la montagne, des cascades et de la nature luxuriante, nous montons, jusqu’à arriver à la hauteur des sommets que nous pouvions voir de loin, en bas. Nous profitons du moment. Nous nous arrêtons pour admirer, la montagne, la vue, reprendre notre souffle. Nous profitons vraiment, Jérôme crapahute dans les escaliers, moi, je le suis, le bâton de bambou est le bienvenu, les cuisses chauffes, nous prenons plaisir à être là, au cœur du Mont Emei.

15 h 15 : des marches et des larmes.

Cela fait environ 6 h que notre randonnée à débuter. Et la fatigue se fait sentir, nous décidons de regarder à combien de temps nous sommes du monastère où nous allons dormir : 2 h 30. Il reste encore 2 h 30 de marches interminables pour atteindre notre étape ! La nature se mérite, pas de doute ! Et c’est quelques minutes après, que j’ai failli pleurer, enfin, j’ai versé quelques larmes discrètes. Le but n’était pas non plus d’entamer le moral de Jérôme, qui lui arrivait, je ne sais comment, à rester positif ! J’avais mal aux jambes et le souffle qui ne suivait plus, j’ai craqué. Puis j’ai décidé de ralentir le pas, de me parler et de regarder à intervalles réguliers l’altitude pour me donner un repère. La fin, c’est donc mieux passée, cela n’était pas moins dur physiquement, mais mentalement, c’était mieux. Et puis on a croisé un couple de chinois, on se suivait depuis le début, on les avait perdus de vue depuis un moment et même s’il était impossible de se comprendre avec des mots, nos regards, nos rires nerveux et la sueur sur nos fronts respectifs nous ont bien fait comprendre que nous étions tous dans la même galère ! 

17 h 40 : le salut.

Nous y étions enfin… le monastère Xianfeng. En arrivant, on nous a proposé une chambre pour deux à 280Y ! Bien trop cher pour notre budget. Nous avons préféré prendre un lit chacun en dortoir soit 160Y à deux. Il n’y avait que des couples ce soir-là au monastère et tous ont pris des chambres double ! Nous avons donc eu le dortoir pour nous seuls! Et le bonus, nous n’avons pas eu de souris dans la chambre, au contraire d’un autre couple, qui eux, les pauvres, ont eu un visiteur dans leur chambre durant la nuit… On avait même un petit matelas chauffant, si ce n’est pas le luxe ça !La journée s’est terminée sans encombre, un « bon » repas chaud (quoi qu’efficace serait plus approprié), une douche et au lit !


Jour 2 : la descente

Le second jour fut marqué par deux choses : un petit-déjeuner de champion et une erreur d’itinéraire. Pour le petit-déjeuner, pour faire simple, nous avons mangé un bol de riz façon porridge, à l’eau… Un pain à la vapeur et un œuf dur ! Jérôme a bien tenté de goûter les courgettes, mais les épices au petit matin, ça ne l’a pas fait ! Après la journée de la veille, je ne me sentais pas capable de monter jusqu’au sommet. Il fallait 6 h pour monter, dont le dernier tiers avec un dénivelé impossible à envisager pour moi. Nous avons décidé de faire une boucle et de redescendre par le flanc droit de la montagne. Ce que nous avons fini par faire, quand je me suis rendu compte, 45 min trop tard, que nous avions avancé plus loin que le point de repère que j’avais mis sur la carte, pour bifurquer vers la descente…Nous avons donc dit au revoir à la jeune chinoise avec qui nous marchions depuis 20 min (elle a voulu avancer avec nous, car elle avait peur des singes…) et nous avons fait demi-tour, un petit rire nerveux sur nos lèvres, pour rejoindre le croisement.

Les six heures suivantes ont été consacrées à la descente, qui m’a permis certes de ne pas souffrir niveau cardio, mais qui a fini d’entamer notre moral et nos mollets ! De descendre de 1900 m d’altitude à 700 m, c’était un tantinet long ! C’est donc avec une humeur, un tout petit peu « irritable » que l’on a rejoint l’accès touristique et que nous avons pris le bus pour redescendre en 15min jusqu’à notre auberge. Voilà le récit de notre ascension du Mont Emei. C’était un moment exceptionnel, autant par le challenge physique que par la beauté du lieu. Ce Mont a bien failli avoir mon mental, cette montagne est sacrée et pour monter en haut je vous jure, il faut avoir la foi ! En soi, au moins ! Maintenant, on prend le temps de se remettre et de penser à la suite du périple chinois. La prochaine étape ? On ne sait plus trop…