Les carnets du Nepal
Carnet de voyage Novembre 2019

Lorsque l’on voyage dans des pays aussi lointains que le Népal, vu de la France, l’une des expériences les plus enrichissantes selon moi, est de savoir comment la communauté traite ses animaux. C’est culturel d’abord, d’un pays à l’autre, les animaux vénérés ne sont pas les mêmes, les animaux de compagnie non plus. Ceux pour travailler aussi peuvent varier. Et le bien-être animal dans nos sociétés occidentales est devenu un sujet prédominant, il n’y a qu’à voir les débats houleux sur Facebook pour un steak de soja, qui n’est pas un steak, ou peut-être que si… personne n’est d’accord !

Bref, j’ai toujours aimé les animaux, depuis petite, je collectionnais les images, j’étais même abonnée à une revue sur les chiens. (qui d’ailleurs ne sont pas aussi bien considérés en Asie que par chez nous…).
La vue d’un animal sauvage me rend heureuse, m’émeut, et peut même me faire pleurer. La vue d’un animal en cage aussi, mais pas pour les mêmes raisons. C’est pourquoi je refuse depuis quelques années d’aller dans les zoos, même si c’est la seule solution pour voir certaines espèces qui me font rêver, même si c’est avec des enfants. Surtout avec des enfants. Bref, c’est un sujet vaste, et prompt au débat. Et si je vous raconte tout cela, c’est pour vous parler de notre rencontre avec l’ONG Belge Standup4elephant. 

Deux jours avant notre départ de Sauhara, après une discussion avec Florence, rencontrée lors du safari dans la jungle du parc national, nous apprenons qu’une association a sauvé il y a peu, début octobre, un éléphant femelle, Eva, de l’exploitation touristique. 

Qui sont-ils?

Floriane et Mickaël, vivent au Népal. Ils sont membres fondateurs de l’ONG Stand up 4 elephants. Leur but est d’améliorer les conditions des éléphants, à long terme, puis de les réinstaller dans un état de semi-liberté. Ainsi que d’agir pour les mahouts, dresseurs, qui n’ont pas une vie bien plus facile que les pachydermes. 
Pour cela, ils ont créé une activité qui s’appelle l’Elephant Happy hour, où des touristes peuvent bénéficier d’une heure avec un éléphant et son mahout, une heure où l’animal peut gambader dans la jungle, se nourrir librement, se frotter, bref vivre sa petite vie, pendant ce temps, le touriste, peu l’observer, l’approcher, discuter avec le mahout et les bénévoles, apprendre dans le respect de l’animal.
Pour cela, il loue l’éléphant durant une heure au propriétaire. Et donne ainsi du répit à l’animal qui pendant ce temps ne se balade pas avec des touristes sur le dos…
Bien entendu cette solution n’est pas la meilleure, elle n’est pas parfaite, elle n’est pas optimale, mais elle a le mérite d’exister. Le but étant de montrer au propriétaire qu’une activité respectueuse de l’animale peut aussi rapporter de l’argent.

Un peu de contexte.

Au Népal, des éléphants sont exploités pour le tourisme. Mais il est interdit de posséder un éléphant. Vous vous dites qu’il y a un problème-là ? Comment exploiter un éléphant pour le tourisme s’ils n’ont pas le droit d’en posséder un ? Et bien, pas de réponse. Si ce n’est qu’il est interdit de relâcher un éléphant dans la nature. C’est le serpent qui se mord la queue !
Vous avez un éléphant domestique, et n’avez plus le droit de le posséder, mais vous ne pouvez pas le rendre à la vie sauvage car c’est interdit. L’état népalais n’a donc pas trouvé d’autre moyen que de faire « avec ».

Et cela donne alors la possibilité à des personnes riches et cupides de les utiliser pour le tourisme et de s’engraisser sur le dos de l’animal, au dépends de son bien-être. Car, forcement, qui peut prouver que cet animal vient d’arriver ou non sur le territoire ? Les éléphants n’ont pas de papier, pas de carnet de santé, aucune preuve de leur provenance ou lieu de naissance…

Dans ce contexte donc, si l’on veut faire en sorte que l’animal soit respecté, il faut tenir compte aussi de ces personnes qui les exploitent et trouver un moyen de les convaincre qu’ils peuvent aussi gagner de l’argent en respectant l’animal. Il faut donc une grande capacité d’adaptation et beaucoup de diplomatie !

Les mahouts.

Ils sont les dresseurs des éléphants. Ils vivent avec eux. À sa majorité, le mahout se voit attribuer un éléphant. À partir de cet instant, leurs deux vies sont liées. Il n’est pas son propriétaire, il en est le gardien. Leurs conditions de vie ne sont pas bonnes, ils font parti d’une des castes les plus pauvres du Népal, pour eux, pas de confort. La majorité du temps, ils vivent dans deux petites « cabanes » à côté de l’éléphant, dans des conditions similaires. 

Le but de l’ONG est donc d’intégrer les mahouts dans le processus d’amélioration des conditions de vie des éléphants. En les sensibilisant au bien-être de l’animal. En passant du temps avec eux, ils peuvent échanger, apprendre leur savoir, créer des liens. Ainsi, le message peut être transmis en confiance. Ils tiennent un rôle important. Grâce à ce processus, les conditions de vie de ces deux êtres, éléphant et mahout peuvent être améliorées. C’est le cas de Chacha, le mahout d’Eva. À stand up 4 elephant, il possède une chambre descente, il a accès au même confort que les autres membres, chambre personnelle, eau chaude, repas… Les mahouts ne sont pas des êtres mauvais, qui ont décidé un jour de torturer des éléphants pour gagner de l’argent sur leurs dos. Ils sont nés dans ces conditions et devenir dresseur est leur destiné. Avec cette démarche inclusive, l’ONG aimerait valoriser le mahout tout en protégeant l’animal.

Thomas a évoqué plusieurs fois le fait que chacha était un bon mahout. Loin de moi l’idée de juger, mais j’avais besoin de savoir qu’elle était la différence entre un bon et un mauvais mahout. Ils restaient pour moi, des dresseurs, qui devaient recourir à la douleur pour se faire obéir. J’ai donc demandé « qu’est ce qu’un bon mahout ? ». Un bon mahout est un homme qui sait se faire obéir sans utiliser son crochet. La présence, le charisme, la posture, le lien avec l’animal comptent. Le crochet de chacha n’est là qu’en cas de danger. 

Même s’il est difficile pour moi d’accepter que cela reste nécessaire. La loi népalaise, oblige l’animal à rester domestiqué. La semi-liberté est donc la meilleure alternative. Et elle passe par la présence du mahout au côté de l’animal. Si chacha n’a pas la frénésie de son crochet, cela me rassure…

Eva : l’histoire d’un sauvetage

Eva elephant Nepal SU4E

Eva est un éléphant femelle d’une trentaine d’années, exploitée par son propriétaire pour le tourisme. Elle passait ces journées à balader des Hommes sur son dos pour leurs plaisirs. Les conditions de vie d’Eva étaient mauvaise, après ces journées de travail, elle restait là, sous son toit de tôle, enchaînée par les pieds, restant dans un tapis d’excrément et de boue, malnutrie. Comme beaucoup d’autres… Le temps a passé, et les chaînes ont commencé à lui blesser les pieds, à tel point que les 6 mois avant son sauvetage, elle ne pouvait plus travailler. Ces pieds étaient infectés avec des abcès.

Floriane et Mickaël ont décidé d’entamer des démarches pour sauver Eva à cette période. Les négociations ont commencé. Car oui, sauvetage signifie achat. Il fallut soulever des fonds, et convaincre le propriétaire. Jusqu’au dernier moment, ils ont pensé que ça ne se ferait jamais. Puis un appel, enfin, une poignée de main (ici pas de contrat de vente !) et l’affaire était scellée. 

L’enclos d’Eva était près à la recevoir, il pouvait la récupérer dès que possible. Floriane a donc décidé de la faire marcher un peu, pour évaluer son état, n’ayant pas bougé depuis si longtemps. Ce fut simple, elle n’avançait pas. Mais comment la faire venir jusqu’à son enclos, à 3 km environ de là ? Un camion a été envisagé, mais ici rien n’est prévu pour le transport de pachyderme. Sans compter le caractère d’Eva, les mahouts étaient clair, trop dangereux, elle ne voudrait pas monter, de toute façon. Il fallait qu’elle marche, ils iraient à son rythme peu importe le temps que cela prendrait.

Et cela a pris 14 h ! 14 h pour faire 3 km.

Il y a eu ce moment où elle n’a pas voulu traverser un pont, il a donc fallu faire un détour. Ce moment aussi où, parvenu au point le plus loin qu’elle n’avait jamais franchi, elle ne voulait plus avancer, la peur de l’inconnu. La solution ici, a été de faire venir ces pairs, elle les suivrait. Ce sont des animaux sociaux, vivant en société matriarcale, dans la nature, elles se protègent. Eva a donc suivit. Ce fut difficile, mais au bout de cette journée harassante pour tous, ils sont parvenus à l’enclos, son sanctuaire.

Apprentissage et découverte

La première mission de l’ONG, est de la soigner. Floriane soigne les pieds de la belle avec des remèdes naturels. Il faut lui faire tremper ces pieds et lui passer une crème. Mais rien est aussi facile que cela en à l’air. Comme il s’agit de soigner Eva sans la contraindre, il faut lui apprendre à faire confiance, lui apprendre les bons gestes. Et pour cela, ils utilisent l’éducation positive. Eva ne sera jamais forcée à faire ses soins, on lui apprend à tendre la patte, la poser dans son bac… À l’aide d’une perche et autres « jouets » et en la récompensant avec des fruits. Ainsi, les soins peuvent être faits sans douleur et dans la confiance. Si elle décide que ce n’est pas le jour, alors ce n’est pas le jour ! L’apprentissage continu, car Eva est traumatisée et craintive. Mais son état est nettement meilleur que lorsqu’elle est arrivée, de jour en jour, la confiance s’acquiert et l’apprentissage continu.

Aller plus loin…

Eva ne pourra jamais vivre en totale liberté, par la loi, c’est impossible. De plus, il va de soi q’il faut assurer la sécurité des villageois et des recoltes, impossible de laisser Eva, aller seule aux alentours, pour des raisons de sécurité. Mais le but est de lui permettre de vivre avec le maximum de liberté possible. Grâce à la fondation Bardot, l’organisation a pu construire autour de son enclos, une barrière. Ainsi, elle pourra sortir de l’enclos et marcher autour de ce dernier, ce qui augmentera la taille de son lieu de vie. L’accès à cet espace se fera progressivement, pour sa sécurité et celle de tous, elle va devoir apprendre les limites de son territoire. Tout est affaire de patience !

Le but final, une foi Eva totalement guérie, est de lui permettre d’aller se balader dans la jungle, en semi-autonomie, avec son mahout. Elle pourra, la journée, aller vivre sa vie, manger, boire, se baigner, puis rentrer le soir. 

L’organisation aimerait, à terme, « sauver » d’autres éléphants. L’enclos actuel peut héberger un autre pachyderme. Hormis la difficulté financière et contextuelle à acquérir un autre animal, il faudra qu’Eva l’accepte. Car avec son caractère bien trempé, il parait qu’elle ne laissera pas n’importe qui venir vivre avec elle… Quoi qu’il en soit, avoir de la compagnie ne pourra qu’être bénéfique pour elle !

Voilà l’histoire, d’Eva, où plutôt ce que j’ai appris et la manière dont je vous le restitue. C’était une superbe expérience pour nous, avec des gens formidables et une belle atmosphère bienveillante. Le meilleur moyen d’en savoir plus, c’est d’aller les suivre sur leurs réseaux sociaux, d’aller discuter avec eux ou mieux encore de vous rendre sur place. 

Ici un article interessant de Mr Mondialisation qui donne de la perspective et decortique le vrai du faux, cela se passe en Thaïlande, mais le fonds reste le même.

Les infos pratiques

Il est possible d’aller rencontrer Eva et les membres de l’organisation gratuitement, pour cela il suffit de les contacter aux coordonnées indiquées un peu plus bas.

Les Happy Hour sont pour l’instant suspendues (Novembre 2019) mais elles devraient reprendre prochainement, c’est une activité payante.

Mail : info@su4e.org
Téléphone : +977 9807229837
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